Alberta : l’autre Belle province


Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas que les Rocheuses en Alberta. Si le voyageur dévie un peu des chemins traditionnels, il découvrira l’histoire de la colonisation de l’Ouest par les francophones au début du XX è siècle, une région qui doit sa prospérité à l’agriculture, à la diversité de ses gibiers et à son sous-sol abondamment riche. On y rencontre des gens accueillants, de jolis paysages, des lacs cristallins. Un périple surprenant !

Tournant le dos à la ligne de gratte-ciel d’ Edmonton, foyer d’une des plus importantes communautés francophones de l’ouest canadien, « ville du pétrole », de festivals, de centres commerciaux – dont le West Edmonton Mall, le plus grand centre commercial au monde, 800 magasins et services sous un même toit, la route 16 traverse des champs à perte de vue. Le ciel tient tellement de place qu’il faut plisser les yeux pour embrasser l’horizon. Soudainement, au beau milieu d’un no where, un temple semblable au Taj Majal, rappelle que la communauté indienne est présente ici. Plus loin une pancarte indique le village de l’Amoureux, à l’origine habité par des francophones de la rive sud de Québec. À l’infini des champs dorés, surgissent des églises ukrainiennes. Cette communauté slave s’est établie dans la région il y a 110 ans. Un joyeux melting pot à l’image du Canada.

À Saint-Paul, une carte géographique du Canada, taillée dans de la roche venue des quatre coins du pays, orne le mur de la piste d’atterrissage d’OVNIS. Les drapeaux des provinces canadiennes flottent au gré du Chinook, un vent chaud et sec des Rocheuses.

Incroyable ! À  4000 km du Québec, on vit ici en français, comme dans la Belle Province. Ne surnomme-t-on pas d’ailleurs l’Alberta « l’autre Belle Province »? Bien que la population francophone ne représente que 2,5%, elle est très vivante dans cette région du nord-est et ouest d’Edmonton.

C’est entre 1890 et 1950 que des prêtres colonisateurs ont encouragé des milliers de famille du Québec à venir s’y installer. Aujourd’hui, une vingtaine de communautés francophones vivent d’en autant de villages : Saint-Paul, Bonnyville, Plamondon, McLennan, Donnelly, Fahler, Saint-Isidore, Girouxville, Peace River, Tangent, Legal, Saint-Albert et d,autres encore. Comme de la parenté éloignée nous avons voulu les visiter.

Et pourquoi avoir construit, en 1967, une piste d’OVNIS ? Pour souligner à la fois le centième anniversaire du Canada et l’importance de l’accueil réservé aux visiteurs. « À Saint-Paul tous sont les bienvenues, même les extra-terrestres », souligne notre guide. Et on se prend au jeu. Un salut ? On vous répond de la main. Un sourire, on vous le rend. Un renseignement? On vous répond avec courtoisie.

En route vers Bonnyville, nous délaissons les prairies pour entrer dans la forêt du nord. Les épinettes noires indiquent que nous sommes à la même latitude que la Baie-James. L’été, les journées sont longues. Après la visite d’une ferme d’alpacas, un arrêt au musée de Bonnyville nous renseigne sur le rôle de la communauté francophone dans l’histoire de cette province. Sa collection de machinerie agricole est très intéressante : tous les artefacts fonctionnent encore. Sur le terrain du musée, on aperçoit une immense sculpture signée par l’artiste franco-albertain Herman Poulin, originaire de Saint-Paul, et qui représente Albert Shaw, un écossais employé de la Compagnie Nord-Ouest qui a défendu les intérêts des Métis.

Nous continuons notre route vers la mission Notre-Dame des Victoires au Lac La Biche, l’un des plus importants sites touristiques francophones de l’Ouest canadien. Cette mission a préparé le terrain à l’immigration. Elle a été le lieu de la  première école en trois langues, du premier hôpital, de la première imprimerie, de la première plantation de blé, du premier moulin à farine. On y visite une église, un presbytère, une école, un centre d’interprétation d’oiseaux et les fondations du premier moulin à scie de la province.

À Plamondon, Réginald, un personnage coloré,  nous amène visiter une ferme de bisons ainsi qu’une ferme de Wapitis, élevés avant tout pour les cornes. Réginald et son père sont propriétaires d’une pourvoirie. En cour de route, le fils pointe du doigt une série de petits bungalows  : « on peut les louser pour le good time », dit-il dans son patois local, un français fortement teinté d’anglais.

Porte du Nord, cette grouillante localité de 347 habitants compte parmi sa population un grand nombre de musiciens. Ici, tout est prétexte à la fête. Nous sommes conviés au terrain de camping du village à une soirée de musique traditionnelle, précédée d’un barbecue : « comme dans le good old time », lance Réginald. Au menu : hamburgers de viande de bison et short cake aux fraises.

Le Nord-Ouest d’Edmonton

Cette région, dont l’économie repose avant tout sur l’agriculture, possède le plus fort pourcentage de francophones en Alberta, des Québécois d’origine. Ces gens ont un grand sens des affaires et de l’entreprise. À Saint-Isidore, nous visitons la Ferme Lavoie, l’une des plus importantes fermes laitières automatisées et informatisées au Canada, et Api-nutrition dont le propriétaire Jean Bergeron est l’un des plus gros producteurs de pollen au pays. À Legal, c’est la rencontre de Joe Saint-Denis qui s’est lancé il y a un an la production d’un beurre de pois remarquable, un produit alternatif du beurre d’arachides. Une bonne nouvelle pour les gens allergiques aux noix.

Une petite virée au centre généalogique de Donnelly permet de retracer ses ancêtres peu importe d’où l’on vient au Canada.  Puis, à Falher, capitale canadienne du miel, nous sommes une fois de plus reçus chaleureusement par les gens du village. Durant le repas où l’on nous sert du sanglier, Gilbert et Larry, deux enseignants à l’école française du village jouent de la guitare sur des airs de rigodon, de gigue et de country. Dans ce coin de pays on aime s’amuser et fêter, l’entraide fait partie du quotidien et le stress…on ne connaît pas trop !

Avant de vous engager sur la route qui mène dans le parc national de Banff, puis à Calgary, un arrêt à Legal s’impose pour voir les 25 magnifiques peintures murales extérieures que l’on suit, tel un chemin de la croix, et qui racontent l’histoire des pionniers de la municipalité des « irréductibles francophones ».

Il y aurait beaucoup d’autres choses à découvrir mais le manque d’espace, nous en empêche. À vous de jouer maintenant ! Bon voyage dans l’Autre Belle province.

© Tourisme-Aventure 2005