Combats de coqs

Barbarie pour les uns, plaisir pour les autres, les combats de coqs déchaînent les passions antillaises. Aussi prisés dans les Îles des Caraïbes que les corridas en Espagne le spectacle des gradins vaut le détour. Au risque d’y laisser… des plumes !
« Si les coqs sont nés pour se battre, qu’ils se battent! », proclamait, en 1964, le général de Gaulle un an après qu’une loi contre les actes de cruauté envers les animaux interdise les combats de coqs en France. Cédant aux pressions, le président de la Cinquième République autorisa à nouveau cette coutume antique dans les régions où une tradition ininterrompue peut être établie. C’est ainsi que les départements français d’outre-mer (DOM) et certaines régions du nord de la France ont pu obtenir une dérogation.
« Regarde-les se chamailler », s’exclame Monsieur Mon Coq, pointant du bout de ses ciseaux ensanglantés deux jeunes coqs qui se poursuivent. Le général de Gaulle avait raison, c’est naturel chez eux de se battre. Et nous, humains, nous exploitons cette mésentente génétique », ajoute-t-il en coupant d’une main assurée la crête d’un coq maintenu solidement entre ses jambes. « Voilà une excroissance de moins à agripper pendant le combat ! »
L’homme de 74 ans originaire du bourg du Carbet dans le nord de la Martinique, est entraîneur de coqs de combat depuis 55 ans. L’origine de son nom ? Tout simplement le fruit du hasard. Monsieur Mon Coq entraîne et soigne une centaine de champions. « La race est importante, dit-il. Elle donne le courage. Les meilleures : l’Espagnole, la Cubaine et la Portoricaine. Un étalon peut valoir plus de 2000 $. En Martinique, à force de croisements, la race locale a disparu et de nouvelles sont apparues : Gros-Sirop, Madras, Cendrée, Paille et Callebraille. »
L’entraîneur saisit un volatile, le secoue avec vigueur de gauche à droite, le balance dans les airs, l’incite à courir, à sauter, comme un athlète ! Ce passionné entraîne une quinzaine de coqs par jour : vingt minutes d’exercices intenses suivies de dix minutes de vrai combat… contrôlé où le coq a le bec attaché et des bouchons ( sorte de gants) passés aux ergots. Après la séance viennent le bain, le massage et les baumes ! Puis le pesage en onces.
Arrive Félicien, propriétaire de vingt coqs en pension ici. Il explique : « Avec une alimentation saine (écrevisses, maïs, œufs, tomates, graines), des fortifiants et de l’exercice tous les jours, le gallinacé est prêt en trois mois. ». Ce restaurateur de la commune de Fonds St-Denis estime à environ 100 euros la préparation d’un seul coq à un combat. Il a gagné ses neufs derniers. « Une question de chance », admet-il.
L
es combats de coqs se déroulent dans des pitts, sorte de petites arènes. La participation coûte au coqueleux entre 2000 et 6000 euros. Le gagnant empoche le montant total. Quant aux spectateurs dans les gradins, des hommes surtout, ils parient et gros parfois, dans une ambiance à soulever le toit de tôle qui recouvre le gallodrome!
Introduit par les Espagnols durant la période de l’esclavage, ce qui entoure le combat de coqs demeure toujours et encore teinté des croyances et des superstitions africaines. Ainsi, on ne porte pas de vêtements sombres au pitt, on évite de passer devant une dépouille mortelle une mausolée ou un pied de pois d’Angole en allant au coqs… Aujourd’hui, la tradition fait partie intégrale de l’économie et de la culture contemporaine.
L’interdire conduirait sûrement à la grève générale !
